Pavé de mémoire pour
André Weill
Rue Numa-Droz 45, La Chaux-de-Fonds
André Weill, né le 6 janvier 1895 à La Chaux-de-Fonds, citoyen suisse, domicilié à Bruxelles, réfugié à Pamiers (France) en 1940, arrêté le 16 juillet 1943, déporté via Toulouse et Drancy à Auschwitz où il est assassiné le 5 août 1943

De La Chaux-de-Fonds à Auschwitz : l'itinéraire tragique d'André Weill
Son grand-père Elie Weill (1831-1912) et sa grand-mère Jeannette Goetschel (1840-1918) se sont mariés en 1863 en Alsace où sont nés six de leurs dix enfants. Dès 1875, la famille réside à La Chaux-de-Fonds où le père exerce son métier de colporteur de textiles. Ses revenus suffisent à peine pour faire vivre sa nombreuse famille. En 1884, sur la base de certificats de bonnes mœurs, les autorités accordent la nationalité suisse à cette famille. Un des enfants, Isaac (1865-1939) devient horloger et épouse une coreligionnaire alsacienne. Le couple aura quatre enfants, dont André né en 1895. Au début du XXe siècle, la famille émigre à Bruxelles où André devient voyageur de commerce. En 1925, il épouse à Dieppe Lucie-Blanche Lanzenberg, née le 15 octobre 1902 à Colombes (Seine), qui acquiert la nationalité suisse par mariage.
En mai 1940, le couple doit fuir avec leurs deux mères octogénaires pour échapper à l'invasion allemande. Tandis que son frère Isidore (1893-1971) va s'établir à Lausanne, André aboutit dans le Département de l'Ariège, au sud-ouest de la France. Il s'installe à Pamiers et reprend des activités commerciales.
Tandis que ses biens restés en Belgique y sont pillés par les Allemands, il n'est pas incité à venir en Suisse, car les autorités fédérales redoutent que le rapatriement des Suisses de l'étranger aggrave le chômage dans la Confédération. De plus, sa belle-mère est française et n'a pas le droit de venir en Suisse, à cause de la politique de lutte contre la « surpopulation étrangère » qui vise en particulier à empêcher une augmentation du nombre de personnes juives en Suisse.
En septembre 1940, André Weill écrit à Berne en tant que « Suisse, israélite » pour informer l'administration fédérale sur sa situation à Pamiers où il espère récupérer ses biens restés en Belgique. Mais en 1941, il apprend que les occupants allemands ont fait ouvrir son coffre dans sa banque belge et que celle-ci réclame qu'André Weill rembourse les frais d'ouverture forcée de son coffre. En clair, il doit financer lui-même le coût de sa propre expropriation.
Au début de 1943, il s'inscrit, ainsi que ses proches, pour rentrer en Suisse grâce à un train que les autorités fédérales pourraient organiser. Mais ce projet n'aboutira qu'en septembre et en décembre 1943, malheureusement trop tard pour que le couple échappe à la mort.
Arrêtés le 16 juillet 1943, André et sa femme sont détenus à Toulouse, puis transférés au camp de Drancy. Dès le 24 juillet, André alerte le Consul de Suisse à Toulouse en lui adressant une lettre. Puis, il peut y griffonner un message, en suppliant le consul d'agir de toute urgence pour les libérer et les rapatrier, car les rumeurs de déportation circulent. Ce message manuscrit arrive le 30 juillet à Toulouse, alors que le couple a été déporté vers Auschwitz où ils seront gazés le 5 août 1943.
Restée à Pamiers, sa belle-mère avertit le consul de l'arrestation du couple et du pillage de son appartement. Elle signale que tous ses objets de valeur ont été pillés, y compris la comptabilité de son beau-fils. Elle espère que la consultation de ces chiffres démontrera qu'André Weill est un commerçant honnête et que rien ne peut lui être reproché. Comme d'autres personnes juives de cette génération, elle considère qu'un comportement irréprochable peut permettre d'échapper aux persécutions. En fait, les nazis voulaient éliminer toutes les personnes nées dans des familles juives.
Puis Isidore, depuis Lausanne, multiplie les démarches pour obtenir des informations. Les diplomates suisses interviennent à Vichy, à Paris et à Berlin. Mais ces démarches conformes à la routine administrative sont en fait accomplies alors que le couple a déjà été assassiné. En 1945, Isidore doit constater que son frère et sa belle-sœur font partie des millions de victimes exterminées par les nazis. Peu à peu, le ton de ses lettres change : les premières exprimaient son anxiété et son angoisse ; désormais il communique son irritation et sa stupeur, car il constate que les autorités suisses n'ont pas fait tout ce qu'il était possible de faire pour sauver ce couple.
En juin 1948, il écrit au Conseiller fédéral Max Petitpierre : « Vous conviendrez avec moi, Monsieur le Chef du Département, que l'attitude passive de nos représentants tant à Toulouse qu'à Bruxelles dans toute cette lamentable affaire me laisse songeur quant à l'efficacité des services que ces messieurs sont sensés rendre aux ressortissants de leur pays. » Toutefois, Isidore reste prudent et respectueux.
Les informations sur le sort tragique de ce couple ne seront publiées qu'à partir de 1999.
Pose de pierre pour
André Weill
Quand?
10 septembre 2026
Où?
Rue Numa-Droz 45, La Chaux-de-Fonds
Emplacement de cette pierre sur la carte
Pour en savoir plus sur l'érection de la pierre, consultez le rapport consacré à cette commémoration.
Des poses de pierres ont lieu avec le soutien des autorités dans le cadre d'une petite cérémonie sur les anciens lieux de résidence des victimes du nazisme. Des proches des victimes, une classe d'école ainsi que des membres et des amis de l'association sont présents à la cérémonie commémorative.
